Suivre ses backlinks dans un tableur : jusqu'où ça tient
Le tableur est le bon point de départ, et il reste utile bien plus longtemps que les vendeurs d'outils ne veulent l'admettre. Le problème n'est pas qu'il ralentisse, ni que vous manquiez de lignes. C'est qu'un tableur enregistre ce qu'on vous a dit, alors qu'un lien est un fait sur une page, maintenant.
Ce que le tableur fait mieux que n'importe quel outil
Tout ce qui touche à la relation. Qui vous avez contacté, quand, ce qui a été convenu, ce que vous avez proposé, dans quel article c'est parti, à qui écrire si ça disparaît, combien cela vous a coûté, et la note qui dit « il a demandé à être tenu au courant ».
Aucun outil de surveillance ne détient cela, parce que rien de tout cela ne vit sur la page. Si vous abandonnez le tableur en adoptant un outil, vous perdez la moitié de votre profil de liens, celle qui parle de personnes.
Les colonnes qui tiennent, et celles qui pourrissent
| Colonne | Qui la tient à jour | Durée de validité |
|---|---|---|
| URL de la page source | Personne, elle ne change pas | Indéfinie |
| Contact, date, accord passé | Vous, une fois | Indéfinie |
| Coût, contrepartie, échéance | Vous, une fois | Indéfinie |
| Jugement : ce lien vaut-il un effort | Vous, une fois | Des années |
| Statut : en ligne, perdu, nofollow | Personne | Quelques semaines |
| Texte d'ancre relevé | Personne | Quelques mois |
| Date de dernière vérification | Vous, à chaque passage | C'est la colonne honnête |
Le partage est net : tout ce qui décrit une décision reste vrai, tout ce qui décrit un état se périme. Un tableur excelle sur la première moitié et n'a aucun moyen d'entretenir la seconde.
La colonne qui ment
Tout tableur de backlinks a une colonne statut. En ligne, perdu, nofollow.
Cette colonne est vraie le jour où vous la remplissez et se dégrade aussitôt. Trois mois plus tard, vous regardez une case verte qui décrit une page que vous n'avez pas ouverte depuis le printemps. Le tableur l'ignore ; pire, il n'a pas l'air de l'ignorer. Une case périmée et une case fraîche ont exactement la même nuance de vert.
Voilà toute la limite, et elle n'a rien à voir avec la taille. Quarante lignes vérifiées pour la dernière fois en mars sont moins fiables que quatre cents vérifiées cette nuit.
Le correctif minimal, si vous ne changez rien d'autre à votre méthode : ajoutez une colonne « vérifié le », et colorez la ligne en fonction de son âge plutôt qu'en fonction du statut. Vous verrez alors ce que vous savez réellement.
Quand la vérification manuelle tient vraiment
- En dessous d'une vingtaine de liens auxquels vous tenez, avec l'habitude de les ouvrir.
- Des liens sur lesquels vous n'avez de toute façon aucune prise : une mention presse, un message de forum, une archive. Le savoir plus tôt ne changerait rien à ce que vous feriez.
- Une campagne terminée. Il n'arrive plus rien de nouveau ; vous êtes curieux, pas responsable.
- Un profil très stable, où les liens viennent de sites installés depuis dix ans et que personne ne refait.
Dans ces cas-là, une heure par mois avec le tableur ouvert est un choix parfaitement rationnel, et moins cher que n'importe quel abonnement. Personne ne devrait vous convaincre du contraire.
Où ça casse, concrètement
Ça casse quand quelqu'un d'autre dépend de la réponse. Un client demande si les liens que vous avez annoncés en mars sont toujours en place. Ou vous y passez un après-midi à ouvrir des pages, ou vous répondez depuis une colonne à laquelle vous ne croyez plus.
Ça casse aussi en silence sur les changements qui ne sont pas des retraits : un
lien laissé en place mais passé en nofollow, une ancre réécrite au fil d'une
relecture, une page source passée en noindex. Ceux-là ne s'annoncent jamais, et
aucune discipline ne permet de les repérer à l'œil, parce qu'il n'y a rien à
voir : ce sont les changements que seule une comparaison dans le temps révèle.
Et ça casse au moment le plus coûteux : pendant une refonte, la vôtre ou celle d'un partenaire, quand plusieurs dizaines de liens changent d'état la même semaine. C'est exactement là qu'un tableur trimestriel arrive trop tard.
Le modèle qui marche, si vous partez de zéro
Sept colonnes suffisent, et l'ordre compte parce qu'il raconte la vie du lien :
- Page source : l'URL exacte, jamais le nom du site seul.
- Votre page visée : celle qui doit continuer de répondre.
- Contact et date : la personne, pas l'entreprise.
- Origine : éditorial, article invité, échange, payé. Cette colonne évite des discussions désagréables deux ans plus tard.
- Jugement : vaut un effort, ou non. Écrit une fois, en connaissance de cause, en vous appuyant sur les critères qui font un bon lien.
- Vérifié le : la seule colonne d'état honnête.
- Notes : tout le reste, en texte libre. C'est la colonne la plus précieuse et celle qu'aucun outil ne produira jamais.
Ce qui ne mérite pas de colonne : les scores d'autorité recopiés à la main, qui seront faux dans six mois, et les statuts de toxicité, qui ne servent qu'à inquiéter. Le désaveu se décide sur d'autres bases.
Combien de temps coûte réellement un contrôle manuel
Le calcul se fait rarement, et il tranche la question mieux que n'importe quel
argument. Vérifier un lien sérieusement, c'est ouvrir la page, chercher votre
domaine dans la source, lire l'attribut rel, relever l'ancre et noter la date :
une minute trente si tout va bien, davantage si la page est lourde ou si le lien
a bougé.
| Nombre de liens | Un passage complet | Si vous le faites tous les mois |
|---|---|---|
| 20 | 30 minutes | 6 heures par an |
| 60 | 1 h 30 | 18 heures par an |
| 200 | 5 heures | 60 heures par an |
Ce que ce tableau montre n'est pas que le manuel devient impossible : c'est qu'il devient irrégulier. Personne ne bloque cinq heures par mois pour ouvrir des pages, donc le passage saute un mois, puis deux, et la colonne « statut » vieillit sans que rien ne le signale. La bascule ne se produit pas au moment où le travail devient trop long, elle se produit au moment où il cesse d'être fait.
Trois erreurs qu'on retrouve dans presque tous les tableurs
Noter le nom du site au lieu de l'URL exacte. « Blog de Machin » ne se vérifie pas. Six mois plus tard, personne ne sait sur quelle page le lien avait été posé.
Une seule ligne pour trois liens du même site. Ils ne vivent pas la même vie : l'un est dans un article, l'autre dans une page de ressources, le troisième dans un pied de page. Une ligne par lien, toujours.
Supprimer les lignes des liens perdus. C'est la mémoire de vos prises de contact qui part avec. Une ligne archivée, avec la date de disparition et la raison, vaut mieux qu'un fichier propre : c'est elle qui vous évitera de redemander en 2027 un lien que le même site vous a déjà retiré deux fois.
L'arrangement qui fonctionne
Gardez le tableur pour la relation et pour le jugement. Laissez quelque chose vérifier les pages selon un planning et vous signaler un changement d'état. Le tableur ne contient alors plus que des choses vraies parce que vous les avez décidées, ce qui est exactement ce qu'un tableur sait faire.
Cette répartition a un effet secondaire agréable : elle rend le tableur plus court. Les colonnes d'état disparaissent, les colonnes de décision restent, et le fichier redevient lisible.
À lire aussi : pourquoi les liens disparaissent, qui explique pourquoi la fraîcheur d'une vérification compte davantage que sa minutie.
Questions fréquentes
Un tableur suffit-il pour suivre ses backlinks ?
Pour le côté relationnel, oui, et souvent mieux qu'un outil. Pour l'état de chaque lien aujourd'hui, non : un tableur enregistre ce qu'on vous a dit, pas ce que contient la page en ce moment.
À partir de quand ça ne tient plus ?
Pas à partir d'un nombre de lignes. Ça lâche quand la colonne « statut » devient plus vieille que votre souvenir de l'avoir remplie, ce qui arrive en général bien avant que vous ne le remarquiez.
Faut-il jeter le tableur ?
Non. Gardez-le pour ce qu'il fait bien : qui, quand, ce qui a été convenu, qui contacter. Laissez autre chose répondre à la question de savoir si le lien est toujours là.
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