Rediriger ou supprimer une page : l'arbre de décision
Vous retirez une page. Avant de toucher à la configuration du serveur, répondez à quatre questions dans l'ordre : le premier « oui » est votre réponse, et vous vous arrêtez là.
C'est la décision que l'on prend avant que l'URL ne casse. S'il s'agit d'un 404 qui existe déjà et que vous n'avez pas créé, le tri est différent.
L'arbre, en un tableau
| Question | Si oui | Si non |
|---|---|---|
| 1. Une page couvre-t-elle le même besoin ? | 301 vers cette page | Question 2 |
| 2. Une page plus large la couvre-t-elle ? | 301 vers la page parente | Question 3 |
| 3. La page avait-elle des liens, du trafic, une valeur ? | Ne la supprimez pas | Question 4 |
| 4. Rien de tout cela ? | 404 ou 410, et retrait du sitemap |
Quatre lignes, et une propriété utile : l'arbre ne produit jamais « rediriger vers l'accueil ». C'est volontaire, et c'est sa principale raison d'exister.
1. Une page couvre-t-elle le même besoin ?
Vous avez réécrit le guide, fusionné deux articles, remplacé la page tarifaire 2023 par celle de 2024. 301 vers cette page. Le lecteur obtient ce pour quoi il est venu, et la valeur accumulée suit la redirection.
Le test n'est pas « est-ce que ça parle d'un sujet voisin ». C'est : la personne qui a cliqué aurait-elle le sentiment d'être arrivée ? Si la réponse est non, ce n'est pas la bonne cible, et il vaut mieux descendre d'un cran dans l'arbre que de forcer.
2. Une page plus large la couvre-t-elle ?
Le produit précis est arrêté, mais la catégorie existe toujours. L'événement est passé, mais la page des événements est là. 301 vers la page parente.
C'est un compromis, et un compromis honnête : le lecteur arrive sur quelque chose de lié et comprend pourquoi. C'est ici qu'une redirection vers l'accueil aurait été fausse : l'accueil n'est la version élargie de rien.
Un signe simple pour savoir si la cible est bonne : si vous deviez ajouter une phrase sur la page d'arrivée pour expliquer au visiteur pourquoi il est là, la cible est mauvaise.
3. La page avait-elle quelque chose qui mérite d'être gardé ?
Des liens entrants venus d'autres sites, du vrai trafic, une référence que quelqu'un a imprimée. Si oui, la question n'est plus où rediriger : c'est de savoir s'il fallait la supprimer. La rétablir, même sous une forme plus courte, coûte souvent moins cher que de perdre ce qui pointait dessus.
Cette question se tranche en cinq minutes, et elle est presque toujours sautée :
- Les liens entrants se lisent dans la Search Console ou dans votre suivi de liens.
- Le trafic se lit dans vos statistiques, sur douze mois et pas sur trente jours, sans quoi les pages saisonnières passent pour mortes.
- Les liens internes se trouvent avec n'importe quelle méthode de recherche de liens, et ils vous diront combien d'endroits de votre propre site vont casser.
4. Rien de tout cela ?
Laissez un 404, ou renvoyez un 410. Pas de redirection, pas d'invention. Une URL vers laquelle rien ne pointe et que personne ne visite n'a pas besoin d'une destination. Retirez-la du sitemap et passez à autre chose.
Quel code, et pour quoi
| Code | Sens | Quand l'employer |
|---|---|---|
| 301 | Déplacé définitivement | Le cas normal d'une page remplacée |
| 302 | Déplacé temporairement | Une opération datée, une maintenance |
| 404 | Rien ici | Suppression sans équivalent |
| 410 | Parti volontairement | Suppression dont vous êtes certain |
Le 302 est celui qu'on emploie par erreur, parce qu'il est parfois le réglage par défaut d'un CMS ou d'un module. Il dit aux moteurs « revenez, ça va revenir », donc l'ancienne URL reste indexée et la nouvelle peine à prendre sa place. Si le déplacement est définitif, le code l'est aussi.
Une fois la règle écrite, vérifiez-la depuis l'extérieur plutôt que dans le fichier de configuration : suivre une redirection saut par saut montre le code réel, la chaîne complète et l'adresse d'arrivée, ce que la configuration ne dit jamais.
Les trois erreurs que cet arbre existe pour éviter
Tout rediriger vers l'accueil. C'est net dans un fichier de configuration et ça ne répond à la question de personne. Le lecteur perd le fil, et le moteur lit le geste comme un aveu qu'il n'existe pas d'équivalent.
Rediriger vers quelque chose de vaguement proche. Un lecteur qui voulait votre produit arrêté et qui atterrit sur l'index du blog vit cela comme une erreur, quel que soit le code HTTP.
Enchaîner les redirections au fil des migrations. Ancienne URL vers URL de 2019, vers URL de 2022, vers aujourd'hui. Ça marche, jusqu'au jour où quelqu'un qui fait le ménage coupe un maillon au milieu, parce que rien n'explique quelle règle compte encore. Réécrivez la chaîne pour qu'elle pointe directement sur la page actuelle, et vous économiserez aussi deux allers-retours à chaque visiteur.
Le cas particulier des pages qui reviennent
Certaines pages disparaissent puis réapparaissent : une offre saisonnière, un événement annuel, un produit en rupture. Les supprimer chaque année et les recréer ensuite fait perdre à chaque fois tout ce que l'URL avait accumulé.
La bonne réponse est de garder l'URL vivante et d'y écrire l'état actuel : « l'édition 2025 aura lieu en mars, voici celle de 2024 en attendant ». C'est moins élégant qu'une suppression propre, et c'est la seule façon de conserver dix ans de liens sur une même adresse.
Ce que supprimer ne règle pas
Retirer une page ne fait disparaître aucun des liens qui pointaient dessus. Ils sont chez les autres, dans vos anciens articles, dans des favoris, dans des newsletters envoyées il y a trois ans. La suppression déplace le problème du côté du visiteur, elle ne l'efface pas.
Elle ne règle pas non plus les motifs invoqués pour supprimer en masse. « Alléger le site pour être mieux exploré » repose sur une inquiétude qui ne concerne presque personne : le budget de crawl est un sujet de très grands catalogues, pas de sites de quelques centaines de pages. « Supprimer les pages faibles pour améliorer la qualité moyenne » est une autre décision, éditoriale celle-là, et elle mérite d'être prise page par page plutôt qu'au seuil de trafic.
Supprimer en lot, sans casse
Quand la liste dépasse la dizaine, trois règles évitent la semaine perdue.
Décidez d'abord, exécutez ensuite. Remplissez la colonne « cible » pour toutes les lignes avant de toucher au serveur. Les décisions prises en cours de route se ressemblent toutes, et elles pointent toutes vers l'accueil.
Traitez par groupes cohérents. Toutes les fiches produit d'une catégorie ensemble, tous les événements d'une année ensemble. La cible est alors évidente et se justifie d'elle-même.
Étalez sur deux semaines. Cent redirections mises en place le même jour se vérifient mal, et une erreur de règle passe inaperçue au milieu des autres.
Ce qu'il faut garder après coup
Les règles de redirection sont la mémoire de vos décisions. Elles finissent supprimées « pour faire le ménage » un ou deux ans plus tard, par quelqu'un qui n'était pas là. Gardez-les, et laissez un commentaire disant pourquoi elles existent.
Gardez aussi la trace de ce que vous avez décidé : quelle page, quelle cible, quelle date. C'est exactement ce qui manque le jour où l'on se demande pourquoi une adresse ancienne renvoie là où elle renvoie, et c'est le cœur d'une check-list de migration.
Un dernier point que l'arbre ne couvre pas : les liens qui partaient de la page supprimée vers l'extérieur disparaissent avec elle, et ceux qui partent des pages restantes continuent de vieillir de leur côté. Les liens sortants morts sont un chantier distinct, et le moment où l'on retire des pages est celui où l'on y pense le moins.
Questions fréquentes
Quand utiliser un 410 plutôt qu'un 404 ?
Quand la suppression est volontaire et définitive. Les deux disent la même chose au visiteur ; le 410 dit à un robot que c'était intentionnel, ce qui fait sortir l'URL un peu plus vite. C'est un raffinement, pas une obligation.
Peut-on rediriger vers une page de catégorie ?
Oui, quand la catégorie couvre réellement ce que le lecteur cherchait. C'est le juste milieu entre un équivalent précis et rien du tout : contrairement à l'accueil, qui ne répond à rien.
Une chaîne de redirections pose-t-elle problème ?
Deux sauts fonctionnent encore. Le vrai risque, c'est qu'une chaîne se fasse tronquer à la migration suivante par quelqu'un qui ne sait plus quelle règle compte. Un seul saut, et cette conversation n'a jamais lieu.
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