À quelle fréquence faut-il surveiller un site ?

Par Fabien Hernoux 7 min de lecture

La réponse instinctive est « le plus souvent possible ». C'est aussi celle qui remplit les boîtes mail et fait désactiver la surveillance au bout de trois semaines. Le bon intervalle ne se déduit pas de la technique : il se déduit de ce qu'une heure de panne vous coûte, et de la vitesse à laquelle vous pouvez agir.

Les intervalles, et ce qu'ils achètent vraiment

Intervalle Panne moyenne non détectée Pour qui Fausses alertes
1 minute 30 secondes Service sous engagement contractuel Nombreuses, filtrage obligatoire
5 minutes 2 min 30 Boutique, réservation en ligne Fréquentes sans confirmation
15 minutes 7 min 30 La plupart des sites professionnels Rares avec confirmation
1 heure 30 minutes Site à demandes, blog actif Presque aucune
1 jour 12 heures Vitrine, portfolio, archive Aucune

La deuxième colonne est celle qu'on oublie : avec un intervalle d'une heure, une panne qui démarre au hasard dure en moyenne une demi-heure avant d'être vue. Ce n'est pas une heure, et ce n'est pas non plus zéro.

Partir du coût, pas de la technique

Le bon intervalle est celui qui garde la panne plus courte que ce qu'elle vous coûte. Trois cas couvrent la plupart des situations :

Une fois par jour : un site vitrine, un portfolio, un blog sans concurrence directe. Une panne détectée le lendemain matin est agaçante, pas ruineuse. La vérification quotidienne attrape le certificat expiré et le site tombé depuis trois jours sans que personne s'en aperçoive. Cela suffit à la justifier.

Toutes les heures : tout ce qui génère des demandes ou des rendez-vous. Une heure de perte s'absorbe, une journée non. C'est le bon réglage pour la plupart des sites professionnels.

Tous les quarts d'heure : une boutique, un service sous engagement, un site où quelqu'un dirait « on a perdu des ventes ». En dessous, le gain devient théorique pour la plupart des activités.

Si le chiffre vous manque pour trancher, il se calcule en cinq minutes : ce que coûte réellement une heure d'indisponibilité donne la seule donnée dont ce choix dépend.

La question qui tranche vraiment

Non pas à quelle vitesse puis-je savoir, mais à quelle vitesse puis-je agir.

Si la personne capable de réparer dort, une alerte à trois heures et une alerte à sept heures aboutissent au même délai de réparation. Vérifier toutes les minutes n'achète alors rien d'autre que quatre heures de sommeil gâchées. Si quelqu'un est d'astreinte, le calcul s'inverse.

Choisissez l'intervalle qui correspond à votre capacité à répondre, pas à votre inquiétude. Un intervalle plus court que votre temps de réaction est une dépense d'attention sans contrepartie.

Ce que veut dire un taux de disponibilité

Les chiffres de disponibilité sont annoncés partout et compris nulle part. Ils deviennent lisibles dès qu'on les traduit en minutes.

Disponibilité Panne tolérée par mois Ce que cela représente
99 % 7 h 18 Une matinée entière
99,5 % 3 h 39 Un après-midi
99,9 % 43 minutes Un incident sérieux
99,95 % 21 minutes Un redémarrage raté
99,99 % 4 minutes Presque rien, et très cher

Deux conséquences pratiques. D'abord, un engagement à 99,9 % laisse passer une panne de quarante minutes par mois sans rien devoir à personne, ce qui est beaucoup plus que ce que la plupart des gens imaginent en lisant ce chiffre. Ensuite, mesurer une disponibilité à 99,9 % avec un intervalle d'une heure n'a aucun sens : vous ne verriez pas la panne qui la consomme.

La règle simple : l'intervalle de vérification doit être au moins deux fois plus court que la plus petite panne que vous prétendez mesurer.

Vérifier depuis un seul endroit, ou depuis plusieurs

Une vérification unique répond à « mon site répond-il à cette machine-là ». Ce n'est pas tout à fait la même question que « mon site répond-il à mes visiteurs ».

Deux écarts existent réellement. Un incident réseau régional peut rendre un site inaccessible depuis une partie du monde et parfaitement joignable ailleurs. Et certains sites répondent différemment selon l'origine de la requête, par exemple lorsqu'une protection anti-robots filtre des plages d'adresses.

Cela dit, pour la grande majorité des sites, une sonde unique bien réglée vaut mieux que trois sondes mal confirmées. Le gain de la vérification multi-points est réel surtout pour distinguer une panne de votre site d'une panne du chemin qui y mène, et c'est une distinction dont on a besoin quelques fois par an, pas tous les jours.

Ce que l'intervalle ne règle pas

Trois pannes courantes échappent complètement à cette question, et il vaut mieux le savoir avant de régler quoi que ce soit.

Le site lent mais vivant. Il répond en huit secondes. Aucune vérification de disponibilité ne le signale, puisqu'il répond. Le visiteur, lui, est parti. Cela se surveille par un seuil de temps de réponse, pas par une fréquence. Une page qui met huit secondes est, pour la plupart des visiteurs, indiscernable d'une page qui ne charge pas, et elle n'apparaîtra dans aucun rapport de disponibilité.

La panne partielle. L'accueil va bien, le formulaire de commande renvoie une erreur. Une vérification qui ne regarde que la page d'accueil déclare le site en ligne, et elle a techniquement raison. C'est aussi le type de panne dont votre hébergeur ne vous dira jamais rien, pour la même raison.

Le certificat expiré. Le serveur répond parfaitement, c'est le navigateur qui refuse d'afficher. Vérifier toutes les minutes n'y change rien : c'est une date qu'il faut lire, pas une réponse.

Les fenêtres de maintenance

C'est la première cause d'alertes que l'on finit par ignorer. Une sauvegarde nocturne qui met le site en maintenance pendant quatre minutes produit une alerte par nuit, à heure fixe, jusqu'à ce que plus personne ne les lise.

Deux réponses possibles, et la seconde vaut mieux que la première. Déclarer une fenêtre pendant laquelle les vérifications ne déclenchent pas d'alerte règle le symptôme. Faire répondre un code 503 propre pendant la maintenance règle la cause : la surveillance comprend qu'il s'agit d'un refus volontaire, et c'est exactement ce que ce code veut dire.

La confirmation, plus importante que la fréquence

Une réponse lente, un hoquet réseau, un serveur qui redémarre trente secondes : rien de tout cela n'est une panne. Plus on regarde souvent, plus on en attrape.

C'est pourquoi une seule vérification échouée ne doit jamais déclencher un email. La règle qui fonctionne partout : deux échecs consécutifs, ou mieux, deux échecs depuis deux endroits différents. Une panne réelle passe ce test sans difficulté ; un hoquet réseau, non.

C'est aussi pour cela que l'intervalle compte moins qu'on ne le croit. Passer d'une heure à cinq minutes sans confirmation multiplie les fausses alertes par douze, et fait perdre bien plus de temps que les cinquante-cinq minutes gagnées. Ce réglage-là mérite d'être traité pour lui-même.

En pratique

Choisissez l'intervalle par site, pas globalement. Un quart d'heure pour la boutique, une journée pour le blog archivé. Vous recevrez moins d'emails, et vous lirez ceux que vous recevez.

Dès que le parc dépasse quelques sites, cette règle devient une méthode : regrouper par criticité, régler l'intervalle par groupe, et accepter que la majorité des sites n'ait pas besoin d'être regardée souvent. C'est le cœur de l'organisation d'un parc, et c'est ce qui distingue une liste de sites d'un tableau de bord utilisable.

Une exception mérite d'être connue, parce qu'elle échappe à tout ce qui précède : la date d'expiration d'un certificat ne change pas d'une heure à l'autre. Une vérification par jour suffit, et ce qu'il faut surveiller n'est pas la tâche de renouvellement mais son résultat : les trois façons dont elle échoue en silence.

Et si vous hésitez encore entre écrire vous-même une vérification et prendre un service extérieur, la question de l'intervalle n'est pas celle qui tranche : la comparaison honnête est ailleurs.

Dans Expansel Surveillance de site Expansel interroge vos sites à intervalles réguliers et vous écrit dès que l'un d'eux cesse de répondre, ou que son certificat approche de l'expiration.

Questions fréquentes

Vérifier toutes les minutes, est-ce toujours mieux ?

Seulement si vous en faites quelque chose. Un intervalle d'une minute sur un site vitrine produit les mêmes emails qu'un quart d'heure, simplement plus tôt, et multiplie les fausses alertes dues à une seule réponse lente. La bonne question n'est pas « à quelle vitesse puis-je savoir » mais « à quelle vitesse puis-je agir ».

Une surveillance fréquente charge-t-elle mon serveur ?

Une vérification est une requête, comparable à un visiteur qui charge une page. Même toutes les minutes, cela fait 1 440 requêtes par jour : moins que ce qu'un petit site reçoit des robots des moteurs de recherche.

Faut-il la même fréquence pour tous les sites ?

Non. Une boutique et un blog archivé ne méritent pas la même attention. Réglez l'intervalle sur ce que coûte une heure hors ligne, pas sur le nombre de sites que vous possédez.

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